Oeuvres de Noëlle Dassa exposées chez Gérard Faivre

Noëlle Dassa « 4x4 », feuilles dorées sur bois, 87 x 87 cm 


Noëlle Dassa « 4x4 », feuilles dorées sur bois, 87 x 87 cm

 

Noëlle Dassa « Berlingots » feuilles de métal et glacis sur bois, 87 x 87 cm 


Noëlle Dassa « Berlingots » feuilles de métal et glacis sur bois, 87 x 87 cm 

Le carré contrecarré de Franco Speroni

"Devenir n’est pas atteindre à une forme (identification, imitation, Mimésis,), mais trouver la zone de voisinage, d’indiscernabilité ou d’indifférenciation…" Gilles Deleuze, Critique et clinique, 1993

Utiliser le carré contre lui-même. Cette figure géométrique, symbole de la rigidité, au point d’être la métaphore de toute forme d’enfermement, s’ouvre, dans les tableaux de Noëlle, à une capacité de mutation des sensations et des perceptions. Il semblerait que la révolution impressionniste, fondement archéologique de la modernité, fasse irruption, délicatement mais de façon pleinement subversive dans cet archétype géométrique.

La quadrature du cercle est une expression qui provient d’un vieux problème de géométrie : comment construire, avec une règle et un compas, un carré ayant la même aire qu’un cercle ? Problème insoluble si l’on s’en tient à l’utilisation exclusive de ces instruments. Reste, cependant, la métaphore de la transformation de la rigidité du carré dans la fluidité du cercle, et donc du rapprochement possible, approximatif, de modes d’existence différents.

Le carré est synonyme de la forme même du tableau pour le peintre, de la place pour l’architecte et l’urbaniste, c’est à dire des lieux qui délimitent, à l’intérieur d’un cadre réel ou imaginaire, une situation donnée. Ces formes, cependant, peuvent être traversées par des flux de vie qui en altèrent la stabilité tout en maintenant l’apparence de la forme comme cela advient, par exemple, sur un écran vibrant de pixels et de codes alfa-numériques.

Les titres des tableaux de Noëlle suggèrent couleurs, sensations et émotions : Brume, Abysse, Chaos, Semis … qui, chacun et ensemble, établissent un rythme imprévisible qui vient altérer le carré. Dans la série des Codes Barres, déjà, Noëlle nous avait montré là aussi une vie faite de mouvements subtils s’insinuant dans le périmètre clos de la forme pour la déstabiliser. Alors, c’était l’alternance et les largeurs des lignes, qui de façon sensible et conceptuelle, se jouaient d’un instrument d’ordre et de mesure qu’est, précisément, le code.

Là, l’artiste transformait l’aspect d’un code en une sorte de paysage, si bien que chaque tableau portait le nom de la ville d’où provenait le code barre de la bouteille de Coca Cola achetée sur place. La subjectivité de la perception et de l’émotion transformait ainsi une marque « pop » globale ainsi que la géométrie fonctionnelle du code en un “souvenir”, évocation de la mémoire émotive d’un lieu. Aujourd’hui, dans ces derniers tableaux, c’est la forme même du carré, du carré perçu comme un objet, qui se voit parcouru de perceptions qui remettent en cause l’évidence de la forme. Ici encore, Noëlle continue sa narration visuelle à travers de subtiles mais incisives déformations de l’ordre. Des micro-révolutions “chaosmiques” qui contiendraient l’ordre secret de toute chose. Rien de métaphysique ici, toutefois. C’est, en effet, par la perception, par l’impression émotive, en réalité (qui permet à un tableau de pouvoir prendre le nom d’une situation sensible, Brume ou Abysse, par exemple) que la géométrie semble descendre des hauteurs iconiques d’un Malevitch et glisser délicatement sur terre comme une feuille qui se tacherait des couleurs et des matières qu’elle rencontre.

A travers quel mécanisme? La dérive de ces formes intervient grâce à la répétition : progressive, continue, différente. Dans les Codes Barres, c’étaient les gestes acquis dans son travail de restauration d’art qui donnaient le rythme à la main : la force de la répétition exacte, précise, libérait l’esprit et lui permettait des digressions par le jeu des libres associations. Aujourd’hui, dans ces nouvelles oeuvres, c’est un travail délicat des surfaces, un travail sur la texture, qui transforme, de nouveau la géométrie abstraite en un champ vivant de correspondances. Là encore, comme dans les Codes barres, la géométrie n’est pas un langage minimaliste à vocation universelle, comme il pouvait l’être aux origines de l’art moderne, mais la pratique, quasi rituelle, pour trouver la juste concentration afin qu’apparaisse la différence. Une différence qui ne préexiste pas, de manière dialectique, à l’ordre géométrique, mais qui se découvre peu à peu, s’organisant silencieusement, jusqu’à ce que cette différence, de l’ordre de la perception, parvienne à se glisser sur toute la surface de l’oeuvre et l’animer. Jusqu’à créer quelque chose de chaque fois différent : un nouveau paysage, sans repère figuratif mais avec tant d’éléments évoqués par le rythme et la matière. Une approche, en fait, presque une thérapie, qui se rapproche de la maieutique de la concentration pour faire surgir des signes et des couleurs à peine suggérés une évocation unique et donc toujours différente.

(*)Franco Speroni est né à Rome. Il enseigne l'Histoire de l’Art et de méthodologie de la critique d'art à l'Académie des Beaux-Arts de Florence. Sa recherche porte en particulier sur les problèmes des Visual Studies et la relation entre l'art et la communication d'un point de vue médiologique. Parmi ses publications récentes, il a édité (avec V. Bruni et S.Socci ) Il disegno dopo il disegno. Le molte vite di un medium antico, Pisa University Press, 2013.

Une fabrique de nouvelles identités ?

"Module, identités"

Le travail de Noëlle puise sa source dans sa pratique de restauratrice. Il s'appuie sur son amour de la maîtrise technique, artisanale, sa connaissance des propriétés de la matière et son désir de retrouver dans l'œuvre la trace du geste de la fabrique. Prendre la feuille d'or carrée comme module de base. Décliner ce module suivant les rythmes et les formes (pleins/vides, carrés/lignes) sur un support préparé suivant les techniques anciennes (poses successives du gesso di Bologna et de la colle de peau de lapin, ponçage, passage de la gomme-laque). Voici pour la technique. Geste répété, maintes fois éprouvé.

Mais au-delà du geste et de sa maitrise technique, fascination pour cet objet fragile qu'est la feuille d'or et ses qualités plastiques: captation de la lumière, perfection de la forme du carré, la première série, "Variations sur le carré d'or", interroge ainsi l'identité de l'identique, la variabilité à partir de la même forme composée du module carré de la feuille d'or, mais où le sens de la pose redessine un objet à chaque fois unique par la subtile vibration lumineuse.

Guidée au départ exclusivement par des choix de composition esthétiques et techniques, la recherche de Noëlle prend ensuite une direction nouvelle à partir de sa rencontre, fortuite, avec un objet issu de la fabrique industrielle : le code-barres. Initialement simple source d'inspiration graphique, son motif est agrandi et vidé a priori de tout signifié.

Mais si l'œuvre abstraite ainsi obtenue se suffisait à elle-même, l'histoire de sa fabrique interroge le lien à l'objet d'origine. Au-delà du jeu esthétique sur l'aléatoire de la rythmique graphique, Noëlle  poursuit sa recherche en rendant visible l'ambigüité et l'ironie de cette transposition et en questionnant la nature du lien entre l'objet, sa mise en code et l'œuvre graphique qui en résulte. Quoi de plus éloigné qu'un paquet de croquettes pour chat Carrefour et une bouteille de Dom Pérignon? Quoi de plus ressemblant que le motif de leur mise en code, pourtant unique? Abstraite dans sa forme, l'œuvre qui résulte de la transposition de ce motif sera-t-elle perçue différemment suivant la "carte d'identité" de l'objet qui lui est attachée? En quoi sa valeur se trouve-t-elle infléchie par la connaissance de la provenance et la nature de l'objet qui est à l'origine de sa composition? Les deux séries présentées ici témoignent de ce glissement.

La série, "De 0 à 9" résulte d'une lecture décryptée et recomposée d'un encodage de chiffres d'un code-barres. Ecriture graphique avec ses logiques spécifiques, chaque "lettre" d'un code-barres peut s'écrire de deux manières différentes. Cette série se décline ainsi en deux assemblages de 10 chiffres, dont les composantes s’articulent librement.

Bâtie autour d'un scenario, la troisième série, "BARRECODE", revisite l'objet symbole par excellence du marché global et objet fétiche du pop-art: la bouteille du Coca-Cola. Objet matériel unique au contenu identique, seul son code-barre renseigne sur ses multiples ancrages et variations locales. Cette série présente des portraits de la bouteille de Coca-Cola dans diverses villes du globe: Paris, Rome, Londres, Moscou, New York, Tokyo, .....

L'œuvre de Noëlle continue à dérouler ce fil narratif autour d'un nouveau scenario, exposé ici sous forme de projet. Qui n'a pas rêvé d'avoir, réunis chez soi, ses œuvres d'art préférées? Pas de copie d'œuvres sans ce désir de possession et de jouissance intimes. A travers la série "La collection idéale" elle propose de revisiter ce thème en s'imposant trois contraintes: choix personnel des œuvres, conservation du rapport des formats, choix de leur mise ensemble. A la manière des accrochages du XVIIIe siècle, la pièce qui en résulterait serait un mur autonome, transportable, de cette collection intime. Une fabrique de nouvelles identités?

Elisabeth Essaïan

Architecte DPLG, Maitre-Assistant à l'ENSA de Paris Val de Seine

Ancienne pensionnaire de la Villa Médicis

Biographie

NOELLE est née à Paris le 2 novembre 1965.

Elle commence des études de beaux-arts à l’atelier de Sèvres puis poursuit sa recherche au sein de l’Ecole Camondo.

Elle s’installe à Rome ou elle perfectionne son savoir faire en Dorure et Trompe l’oeil dans divers ateliers. (Institut de Restauration de la ville de Rome, Accademia del Superfluo, Atelier Rizzo, Atelier Bevilacqua).

Elle travaille aujourd’hui en Italie et en France.

 

EXPOSITIONS et CRÉATIONS

Mai 2015 - Serendipity - 80 x 80, Exposition collective de la Galerie Laure Roynette

Juin 2015 - Sélectionnée par Art Olympia 2015, exposition en juin à TOKYO 

Décembre 2014 - BONPOINT, réalisation de fresque murale - Show Room Tournon/Paris - Show Room Madison Avenue/New York

Septembre 2014 - RYTHME : Exposition collective Galerie Laure Roynette

Mai 2014 - CODICE : Exposition collective et vidéo - Studio CB (Rome) Dans le cadre de l’évènement «Maggio Francese»

Mai 2013 - LA RESERVE: Exposition collective Galerie Laure Roynette

Sept 2012 - CODE BARRE : Exposition personnelle Galerie Laure Roynette

Juin 1988 - Exposition collective VIA Odeon 

 

EXPERIENCE  PROFESSIONNELLE

2008 – 2015 Responsable de la formation dorure « Les temps d’art » Restauration et création de mobilier doré à la  feuille

2004 – 2007 Atelier de restauration KERMES RESTAURI (Rome) spécialisé dans la restauration du patrimoine historique de Rome

. préparation de support à l’or fin pour l’artiste Mimmo Paladino

. restauration au couvent St Francesca Romana : tableaux, cadres et miroirs dorés à la feuille

. restauration de meubles (Ambassade Américaine et particuliers)

2002 – 2005 Animation des ateliers d’art du Lycée Chateaubriand (Rome) 

1994 – 2000 Création et animation d’« ATELIER SUR COUR » (Paris)

1990 – 1996 Travail en agence : Alain Carré, Belloir&Jallot, Manuel Canovas

 

FORMATION

2000 – 2005 Institut de restauration de la ville Rome, Accademia del Superfluo

Dorure, Restauration, Trompe l’œil, Grisaille, Grotesque 

1994 – 1997 Atelier Glacière de la ville de Paris

1985 – 1990 Ecole CAMONDO section architecture intérieure

1984 – 1985 Atelier de Sévres