Anne Paris-Cindric

AH ! Que la guerre est jolie !

Mais qu’est-ce que vous croyez ! Que le bien est d’un côté et le mal de l’autre ? Que les fleurs sont destinées aux petites filles et les pistolets aux petits garçons ? Que le grand méchant loup n’a pas mangé mère-grand ? Ou bien encore que Cendrillon est heureuse avec son prince charmant ?

Mais réveillez-vous ! La vie est bien plus compliquée, et bien plus grave, et bien plus drôle ! On baigne dans la dualité des contraires : Anne Cindric n’arrête pas de vous le peindre, alors ouvrez les yeux !

Qu’elle est jolie cette toile de Jouy avec son petit décor champêtre, sa scène de chasse et ses enfants main dans la main. Que viennent donc faire là-dedans ces militaires en pleine action, cet hélicoptère en survol, et ces traces si rouges qu’on en dirait du sang ? Pas si tranquille la toile de Jouy dans cette peinture où tout se trouve en décalage, la forme et le fond, les proportions, les perspectives, la notion du temps. Le désordre s’installe, c’est le chaos, voire l’Apocalypse ! Quelle jubilation !

Oui, je l’affirme, la peinture d’Anne Cindric est totalement jubilatoire. On s’amuse à voir les phylactères voleter autour des hommes en armes, la guerre traitée en rose bonbon, les personnages devenir des sortes de géants projetés dans un pays de lilliputiens baroques. Nous sommes égarés dans un mélange de références : des petits tableaux s’incrustent dans le tableau principal comme dans les prédelles des primitifs, les thématiques sont puisées dans les contes enfantins, le graphisme s’inspire parfois des images d’Epinal, et les grisailles évoquent les grands vitraux de nos églises gothiques. Chaque oeuvre nous révèle une parcelle de notre monde, empreint de cruauté et de douceur, de fatalisme et de combat, de légèreté et de douleur, de souvenirs d’enfants et d’épreuves de grands. Par ailleurs, le regard féminin que pose Anne Cindric sur des univers considérés quasi-exclusivement comme masculins nous déstabilise profondément. Elle démystifie les démonstrations de puissance sans leur manquer de respect, remet en question les attributs du pouvoir, souligne la dimension autant salvatrice que destructrice de tout acte de force. Elle injecte de l’apaisement et de l’espièglerie dans des situations qui pourraient s’avérer insoutenables.

Imprégnez-vous, découvrez les codes, laissez-vous guider selon vos préférences par ce grand gaillard au torse musclé ou par la mélodie de ce joueur de flûte. Vous allez entrer dans un monde fantasque et plus vrai que nature !

Frédérique Paumier-Moch

Dans le jardin du bien et du mal

Entrez, n’ayez crainte...« Purple heart », un gaillard a priori solide, vous escorte pour une balade qui s’annonce toute bucolique. Avec lui et ses acolytes, je vais vous envoyer promener sur mes sentiers battus, partir dans les décors... Ici souvent, les motifs divaguent, comme avec « Quatorze juillet », où un Transall ventru s’égare dans une toile de Jouy tronquée. Plus fréquemment, cette dernière dérape carrément, comme dans « Camp retranché ».

Trop tard ! La pomme est croquée, le vers est dans le fruit et le conte de fées tourne au vinaigre. Et c’est parti, je vous entraîne sur de fausses pistes, où les légionnaires deviennent des poupées de chiffon, les tissus des concentrés de paysages, les cartouches décoratifs des bassins d’eau douteuse ou d’improbables golfes persiques et les médaillons baroques des viseurs de Kalashnikov.

C’est la guerre, oui, mais en dentelles. Le féminin pénètre le masculin. Surgit alors un malin plaisir au mélange des genres et au mariage des contraires, pour le meilleurcomme pour le pire.

Dualité, ambiguïté, contraste, incongruité, ambivalence, contresens, déprogrammation sont mes maîtres mots. Ils animent ma peinture, la vie, le monde.

Oui, tout ça pour ça : représenter tout un monde, pour sûr incertain, sans gravité dans tous les sens du terme, à la fois grotesque et sublime, absurde et merveilleux, sombre et superficiel, où cruauté et humanité font bon ménage. Pour arriver à mes fins, tous les moyens sont bons : ça flotte, la perspective est bousculée et les disproportions font florès.

Avec vous, mes précieux alliés sont nombreux pour cette promenade : les imagiers populaires aux formes fortes et simples, les enfants et leurs dessins aux raccourcis magiques, les peintres primitifs de tous temps et leurs perspectives et espaces bouleversants, les cartes et les tissus aux points de vue fantaisistes et aériens, les miniaturistes et leurs ornementations spatiales et encore les maîtres japonais de l’Ukiyo-e, autres tenants du monde flottant.

Ca y est, le décor est vraiment planté. Vous êtes ici, dans le jardin du bien et du mal ; il est minuit tapante !

Anne Cindric

BIOGRAPHIE

 

Anne Cindric est née en région parisienne en 1965.

Son enfance est bercée par les contes horrifiques et merveilleux de son arrière grand-mère auvergnate.

1980 Fascinée par la peinture, après sa découverte des peintres primitifs, elle a 15 ans lorsque son envie de préparer les Beaux-Arts la pousse à assister aux cours d'arts plastiques de la ville de Paris. Des changements personnels l'arrêtent sur cette route; elle reprend un chemin plus attendu.

1984 Elle entre à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, sans jamais que la peinture ne la quitte.

1991 Elle entre à l'Ecole Nationale d'Administration et en sort diplômée deux ans plus tard. Grâce à ce parcours, elle s'est nourrie d'expériences fortes, comme préfet ou comme magistrat. Les thèmes du pouvoir et de la force vont commencer à habiter sa recherche picturale mais elle sait que ce chemin attendu n'est décidément plus le sien. 

1994 «Mission accomplie»,elle peut enfin retourner vers sa passion, elle intègre l'atelier de dessin et de composition de Yanne Auguin.

1997 Elle rencontre Boris, son futur mari, architecte, qui a combattu durant la guerre d'ex-Yougoslavie et a survécu au siège de Sarajevo. Sa thématique de travail sera également profondément imprégnée par cette expérience vitale.

1998 Elle rejoint les ateliers des Beaux-Arts de la ville de Paris, section peinture, et commence à développer une recherche personnelle et à exposer son travail. 

 

Le travail d’Anne Paris Cindric a été présenté notamment par le Centre Pompidou Metz, le Centre des Monuments Nationaux, la DRAC Limousin ou les Archives Nationales. Jean-Yves Jouannais, ancien rédacteur en chef d’Art Press, et auteur de l’Encyclopédie des Guerres au Centre Pompidou, lui a consacré une monographie. Julie Crenn, critique d’art, nominée au prix 2015 de l’Association Internationale des Critiques d’Art, a également écrit sur son travail. Elle a été désignée comme artiste à suivre par le magazine Télérama, et relève féminine de l’art contemporain par le Huffington Post. Elle est représentée à Paris par la Galerie Laure Roynette. 

 

Expositions personnelles

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2014 «Parte Incognita», Galerie Laure Roynette, Paris

2012 «Missing in action», Galerie Laure Roynette, Paris

2011 Centre d'art Lanchelevici, Maisons-Laffitte«Ah ! Que la guerre est jolie», Espace 2.13 PM - La Celle-Saint-Cloud

2007«Détournement de fonds publics», Hôtel de Soubise, Archives Nationales, Ministère de la Culture – Paris

2006 «Manufacture nationale: mais que fabrique l'Etat ?», Musée de Tulle, DRAC Limousin – Tulle

2003«Il vous reste une vie», Jungle Art Galerie – Paris

 

Expositions collectives 

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2015«Serendipity», Galerie Laure Roynette, Paris

Vente caritative au profit de l’association «Autistes sans frontières», Artcurial, Paris«Tableaux fantômes», Part 2, au Fort de Mons-en-Barœul, commissariat Luc Hossepied, Eric Rigollaud et Nicolas Tourte, avec le soutien du Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais

2014 «Tableaux fantômes» à la médiathèque Danielle et François Mitterrand de Bailleul, commissariat Luc Hossepied, Eric Rigollaud et Nicolas Tourte, avec le soutien du Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais CRAC, 14ème biennale d’arts actuels de la ville de Champigny - sur - Marne,Val-de-Marne

«Fusillé pour l’exemple, les fantômes de la république» Mairie de Paris-Musée de l’Armée-Les Invalides2013SLICK Art Fair, huitième édition, avec la Galerie Laure Roynette, Paris«La Réserve», Galerie Laure Roynette, Paris«Around drawings», Espace 2.13 PM, ParisMaison de la Culture des Hauts de Belleville – Paris

2011 Chic Art Fair, Espace 2.13 PM, Paris«Shooting symphony», avec Etienne de Fleurieu, Iris Levasseur,Laurent Pernot et Brigitte Zieger - Galerie Odile Ouizeman - Paris

2007 Participation à l'exposition de la photographe Micheline Pelletier, Château d'If, Ministère de la Culture – Marseille

2006 «Secrets d'états, secrets d'Etat», avec les plasticiennes Agathe Larpent et Françoise Schein, Nuit des Musées, Musée de l'Histoire de France, Ministère de la Culture – Paris

2005 Monnaie de ParisMairie de Paris

2003 Galerie municipale de Vitry-sur-SeineSalon Européen des Jeunes Créateurs, Musée de San Cugat del Valles - Catalogne, Espagne

Ancienne prison Sainte-Marguerite pour les Journées du Patrimoine - Strasbourg

Salon Européen des Jeunes Créateurs, Musée Amedeo da Souza -

Amarante, Portugal Salon d'Art Contemporain de Montrouge –

lauréate2001 Lagalerie, avec le plasticien Olivier Blanckart – ParisCamille Fournet – Place du Trocadéro - Paris

1999 Portes ouvertes Ateliers Glacière –Paris 

1998 Maison de la Culture des Hauts de Belleville – Paris

Presse 2016

CHRONIQUES DU CHAPEAU NOIR - Histoire de points : la revanche de Pélélope
 
 
LE PHOTOBLOG DE RENAUD MONFOURNY
 
 
SLASH - Presentation exposition // Histoires de points | Stories in stitching

Parcours

Parcours

1965

Anne Cindric est née en région parisienne en 1965. Son enfance est bercée par les contes horrifiques et merveilleux de son arrière grand-mère auvergnate.

1980

Fascinée par la peinture, après sa découverte des peintres primitifs, elle a 15 ans lorsque son envie de préparer les Beaux-arts la pousse à visiter les cours d’arts plastiques de la ville de Paris. De grands bouleversements personnels l’arrêtent sur cette route et, en phase de guérison, elle reprend un chemin plus attendu.

1984

Elle entre à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, sans jamais oublier la peinture.

1991

Elle entre à l’Ecole Nationale d’Administration et en sort diplômée deux ans plus tard. Grâce à ce parcours, elle s’est nourrie d’expériences fortes, comme préfet ou comme juge. Les  thèmes du pouvoir et de la force vont commencer à habiter sa recherche picturale mais elle sait que ce chemin attendu n’est décidément plus le sien.

1994

« Mission accomplie », elle peut enfin retourner vers sa passion, elle intègre l’atelier de dessin et de composition de Yanne Auguin.

1997

Elle rencontre Boris, son futur mari, architecte, qui a combattu durant la guerre d’ex-Yougoslavie et a survécu au siège de Sarajevo.

Sa thématique de travail sera également profondément imprégnée par cette expérience vitale.

1998

Elle rejoint les ateliers des Beaux-arts de la ville de Paris, section peinture et commence à développer une recherche personnelle et à exposer son travail. Elle pose un regard féminin sur les univers masculins et sur les divers objets de pouvoir. Elle cherche à représenter un monde sans gravité, dans tous les sens du terme, à la fois cruel et délicat, où règne mariage des  contraires, mélanges des genres, des époques et des échelles, détournement, dualité et ambigüité.